Vu d'en face

polymorphe

mardi 31 juillet

Trois ans, presque jour pour jour, que je tiens un blog. Comme lui, je suis en train de me demander si je ne vais pas arrêter.

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mardi 24 juillet

Vu à la télé

Vera
Quelles marques de voiture contenant un O recherchons-nous ?

Je me le demande.

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jeudi 12 juillet

Témoin

Le client hypocrite et mauvais payeur a fini par me verser par virement express la poignée de milliers d'euros qui m'étaient dûs depuis une éternité. Des mois de tractations, des propositions de règlement à l'amiable, versement en petites mensualités, accord, et puis rien, et  puis  l'intervention de mon pote avocat-alcoolique, et puis l'entrée en action d'un bureau de recouvrement, et enfin, à mon grand embarras, d'une huissière à la voix aigrelette qui empochera au passage un pourcentage quelconque à la charge du client. Le business m'énerve. Parallèlement, j'ai travaillé d'arrache-pédale ces dernières semaines, en fait beaucoup trop. Du coup, hop,  me voilà presque riche, du moins sur mon barème à moi. Ca ne vas pas durer, je viens juste, Pérette sous Prozac , de m'acheter un nouvel laptop, d'inviter toute la bande au resto la semaine prochaine et d'envoyer nuchement du fric à une assoc. que je connais bien. Je partage avec mon mec ce besoin de me débarrasser sur le champ de l'argent gagné, peut-être une pied de nez rétrospectif aux carnets de dépense de  l'enfance et au régime patate nouille, aux fins de mois réputées difficile.

Bref, tout va pour le mieux mais il y a un truc qui me turlupine : j'ai un court métrage qui repasse en boucle dans la tête. C'était il y a trois ou quatre semaines. Je me rendais benoitement à la droguerie pour y acquérir mon champouin pour cheveux gras et sans éclat. [Comme je bosse à domicile, je me trouve toujours milles prétextes pour sortir, du style traverser tout le district pour acheter des tortellini dans l'épicerie du sicilien de petite taille]. Et donc, je déambule sur le trottoir droit de la Rue de la Vallée en ne pensant probablement à rien de particulier, je ne sais plus. Tout à coup, deux types [de type méridional, comme j'ai plus tard précisé à la police] me dépassent à toute allure, se jettent sur un un garçon d'une vingtaine d'années qui marche à quelques de mètres devant moi, l'un d'eux sort quelque chose, sans doute un coup de poing américain, je n'ai pas identifié l'objet mais j'ai retenu le geste, et ils se mettent à le frapper, des coups dans la gueule, des coups sourds. Le type s'effondre presque immédiatement,  il est à terre, ils continuent, avec les pieds cette fois, ils sautent sur lui, ils l'écrasent. Je n'ai pas d'autre mot pour décrire ca. Il l'écrasent. Le sang. L'horreur.

Je reste sur place, pétrifié, mais vraiment, comme une pierre. Même pas la présence d'esprit de sortir mon portable pour appeler de l'aide. Trop interloqué pour leur crier d'arrêter, ne parlons même pas d'intervenir. Je ne suis vraiment pas un héros. Les autres passants non plus, on doit être une dizaine dans la rue, personne ne bouge le petit doigt, personne ne crie, personne n'intervient. Rien.  Les deux types (je suis persuadé après coup qu'il n'étaient pas dans leur état normal) s'acharnent avec une brutalité effarante. Effarante. Puis disparaissent en courant. Le type reste là inerte, recroquevillé dans une flaque de sang, la gueule en bouillie. Laissé pour mort. Peut-être mort, peut-être pas, je n'ai pas cherché à savoir, je n'ai pas voulu savoir. Le tout aura duré une trentaine de secondes, une minute, deux minutes au plus. C'est banal, je sais, mais ca m'a semblé interminable. L'ambulance débarque en trombe,  le poste de police est à 200 mètres. Le quartier est de toute facon quadrillé en permanence et, depuis peu, truffé de caméras de surveillances, triste record national en matière de criminalité par habitant. A relativiser quand on sait que des dizaines de milliers de personnes viennent s'y débauchailler le week-end. Les petites scènes de violence font partie du quotidien, comme les girotapineuses et les touristes bourrés - des règlements de compte internes entre proxos qui ne concernent nullement les résidents lambda, des escarmouches de brutes idiote et ivres-morte, le folklore habituel.  On n'y prend même plus garde. Mais pas cette fois. Encore sonné,  je fais une déposition  aussi précise que possible à la police, j'appelle mon mec pour lui raconter ce que j'ai vu.  Je contourne les ambulanciers qui essaient sur place, visiblement sans succès, de réanimer le garçon, ou ce qu'il en reste. La flaque de sang. Et  puis j'entre dans la droguerie, où les langues vont bon train, j'achète mon champouin pour cheveux gras et sans éclat, je rentre chez moi, je bois un espresso sur le balcon et je remets au travail. Comme si de rien n'était.

J'y ai repensé un peu au cours des jours suivants, j'en ai parlé à mes amis, à presque tous mes amis. Mais sans plus. Et bizarrement, voilà que, depuis quelques jours, je revois sans arrêt la scène,  en cinémascope. Quasi spontanément. Comme un cauchemar éveillé. Le film s'enclenche tout seul, au milieu de tout, sans raison. Les images défilent, du début à la fin - je marche dans la rue, ils me dépassent en courant, l'un d'eux sort un truc,  ils se jettent sur lui et ils essaient de le tuer, ils "l'écrasent" . Et je ressens exactement le même mélange d'horreur et de stupéfaction, et cette impression étrange, on va dire,  d'être derrière une glace, d'assister à quelque chose qui n'est pas vrai, ou qui ne peut pas être vrai, qui est en dehors. C'est peut-être une réaction saine, normale après une expérience pareille. Peut-être. Mais ca serait pas plus mal si ca s'arrêtait. Ce qui me travaille, c'est que je n'arrive toujours pas à comprendre par quel mécanisme je n'ai pas réagi, comment je me suis retrouvé témoin, pour ne pas dire complice,  de ce qui n'était ni plus ni moins qu'une tentative de meurtre, en pleine rue, en plein jour, en plein coeur de mon quartier.

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jeudi 05 juillet

Sexy Europe



                                               Nos amis Polonais vont encore grogner, mais c'est pas grave...

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lundi 02 juillet

Bon ben j'ai tout cassé. Je crois que je vais en profiter pour déménager. Marre de ces pubs idiotes.

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dimanche 01 juillet

Caution

Il n'y a que moi qui connaisse ses failles, ses blessures, ses doute. Et la face cachée de son histoire, cette enfance chaotique, de HLM en HLM, le dialecte pontique qui a fait de lui un faux bilingue, un double-diglotte qui aura mis 30 ans à recoller les morceaux. Et ce putain de complexe prolétaire enfin dépassé. Il a suffit d'un rien pour que ca craque, le baptême d'un neveu dont, selon une arithmétique qui m'échappe complètement, il devait logiquement être le parrain. L'invitation n'est pas venue. L'équivalent d'une insulte dans cette micro-culture diasporique figée que je ne comprends toujours pas, ou pas complètement. Trois ans maintenant que la famille maternelle, la vraie famille, ne lui adresse plus la parole, ou en secret, ne dis à personne que je t'ai appelé. Un abîme d'hypocrisie, de mensonges et de médisances, ici comme là-bas, à 2000 km d'ici. Je connais tout le village pour y être allé plusieurs fois quand on vivait à Athènes. Je les trouvais sympas. Mais bizarres, cette culture anatolienne, cette musique complètement barrée, et la langue. [Il faudra que je fasse un post un de ces jours sur la triste histoire de ces rescapés d'un génocide méconnu qui n'ont trouvé leur place nulle part]  Je n'avais sans doute rien compris, ils me dégoûtent, maintenant. J'ai toujours insisté pour qu'il dise la vérité. Qu'il mette les choses au clair. Chose faite il y a trois ans.  Trois ans que sa mère a déchiré puis jeté ses photos devant la famille réunie dans une mise en scène dramatique ridicule et sans doute hilarante. Coming-out tardif,  raté, catastrophique, mais salutaire quand même.  L'humiliation d'être mis au ban, à presque 40 ans, comme un gamin, et la responsabilité d'avoir sali le nom de la famille maternelle et des noms associés avec. Moyen-Age. "L'homophobie recule". Oui mais pas partout, pas chez eux, restés coincés dans des traditions qui n'ont même plus cours là-bas.  Et puis ces dizaines de milliers d'euros à trouver sous deux mois, mission impossible, 20 000 cash pour déposer la boîte,  puis 80 000 pour le matériel, les scanners, les machins, les bureaux, les serveurs, les assurances, les cabinets d'avocats spécialistes du copyright, les charges sociales et mille autre choses encore. Et le doute qui, les mois passant,  s'insinue, je le vois bien, quant à la faisabilité de la chose, la peur de se planter, l'angoisse de l'échec. Je sais tout. Les business plan validés par les services compétents, mais pas par les banques, qui renchérissent connement, exigent encore des garanties, toujours plus de garanties, des cautions civiles, des  assurances vie, des biens meubles ou immeubles à hypothéquer le cas où. Du coup, les rôles sont inversés. Je n'ai plus le droit à l'erreur dans les deux années à venir, j'échafaude mentalement un prospectif du worst-case scenario, travailler plus pour gagner beaucoup plus, faire tourner seul la proverbiale marmite. Jamais gagné autant que ce mois-ci, mais à quel prix, et qui sait si ca durera. Mais je sais qu'il a raison d'essayer. Que ca va forcément marcher. Que même si ca ne marche pas, il aura eu raison d'essayer. Parce c'est ce qu'il veut. Et comme je l'aime, c'est ce que je veux aussi.

 

 

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samedi 30 juin

Zweite Heimat

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mardi 26 juin

Pfff

"Oh, here comes Juliette Gréco". [Mon mari, à l'instant, alors que je fais irruption dans le sleeping room vêtu de mon tout nouveau pyjama noir]

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samedi 23 juin

Loubavitch Pride

loubavitch_pride
[Or be gentle and use muuuuuch lube...]

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jeudi 21 juin

Dubitatif

Je fatigue un peu. Mon bizness est boumesque. Craignant de me voir fort dépourvu quand l'été sera venu, j'ai récemment signé pompette un contrat avec un grand Madrilène que j'ai emmené déjeuner dans la seule crêperie de l'endroit afin de le décontenancer, car quoi de plus déconcertant qu'un carré de pâte marron qui git sans explication sur une assiette quand on n'a jamais mangé de galettes ? Bref, j'ai ouiné et me voilà plus que jamais impliqué dans la stupéfiante épopée du ouèbe-2-bulle. Je participe donc presque quotidiennement, mon gros chat feignasse sur les genoux, à des conférences Skype avec de parfaits inconnus, blablas inutiles en denglish, spenglish, frenglisch,  et pas plus tard qu'hier on m'a questionné sur ma conception de la connectability. Rarement oui question aussi stupide mais, n'est-ce pas, tout ceci n'est qu'un game. Généralement, quand je participe à une stupéfiante épopée, l'épopée tourne à la débâcle et tous les participants finissent par recevoir un e-mail der remerciement annonçant en quelques tournures contrites la fin de cette belle aventure. J'ai presque intégré le fait que chaque boîte où j'obtiens un poste fixe ou une fonction précise finit par déposer le bilan de facon brutale, inattendue, ou parfois très troublasse. Voire pire.  Mon premier contrat de travail, c'était dans une école d'une banlieue déshéritée d'Athènes qui a été détruite lors du tremblement de terre de 1999. C'est dire. Mais bon, j'ai toutes les qualités requises pour travailler dans le ouèbe-2-bulle [J'ai l'impression que je me répète mais bon, hein.]. Je maîtrise la plupart des interface d'édition disponibles sur le marché, le jargon des Conditions générales d'utilisation, les tournures toutes-faites-toute-bêtes des communiqué de presse et il ne me semble même pas saugrenu d'attendre, comme hier soir, qu'il soit 17:00 Pacific Standard Time, soit 2 heures du mat' ici,  pour proof-read un rubrique inutile nouvellement programmée et truffée de sigles bizarres, le NTSF (Niais Technicien de San Francisco) ayant une fois de plus omis d'encoder francaisement les accents graves, aigus et autres special characters. J'ai aussi skypement attiré l'attention du NTSF sur le fait qu'en français, on ne dit pas "Deux jours il y a", mais "Il y a deux jours" et que son encodage naïvement calqué sur l'anglais était erroné.  Il n'a rien compris. Je lui ai dit que c'était une "syntax issue". Il n'a pas compris.

gay_point"What do you mean by syntax". Hin hin hin. Failli lui dire:"Tu veux un dessin", mais l'expression idiomatique correspondante m'a échappé et je vais, de toute facon, en être réduit à lui faire un dessin. Programme la case à gauche et on n'en parle plus. Bref, je suis de plus en plus sceptique concernant la connectability mentale de ce winning team et d'une manière générale, concernant le principe d'une project team multiculturelle disséminée au quatre coins de la planète (qui n'a pas de coins, suis-je blondE) et qui communique via des floppées d'e-mail généralement inutiles, redondants voire incompréhensibles. Ca fait quand-même trois semaines que je bosse sur ce projet qui part en couille et je commence à fatiguer, ce dont, nouveau coup de théâtre du feuilleton cellulaire, mes cédémuches à nouveau très mystérieusement évaporées attestent malheureusement.

Mon mari part parallèlement à la recherche des 15 000 eurokopecks nécessaires au lancement de sa SARL, puisque cette bourrique pontique a décidé de créer son agence au lieu d'accepter la juteuse proposition top feignasse du très grand magazine de photoreportage, et n'essuie que des refus. Pas de garant, tous nos potes sont au bord de la faillite personnelle, je ne parle même pas de sa famille, et vu qu'on ne possède strictement rien, l'alternative d'une hypothèque est exclue. Ca m'énerve. Ce monde est cruel, on ne prête qu'aux riches et aux imbéciles. Ou alors, bien entendu, il faudrait déménager dans l'ex zone communiste et y recruter deux desesperate cases, style chômeurs depuis 1990,  pour bénéficier des fonds de développement. Ca va pas la tête. Nos frères de l'Est sont le seul groupe ethnique à l'égard du quel je nourrisse quelques préjugés.  J'ai donc joué au loto, gagné 3,24 euros immédiatement réinvestis, on ne sait jamais. A part ca, dubitatif comme toujours, "Norvir-Reyataz-Truvadasse", ou "Truvada-Sustivasse" ? Ou, tiens, allez, pourquoi pas, on attend encore un peu. Hein ?

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