A force de passer mes journées au téléphone, je
A force de passer mes journées au téléphone, je connais par coeur les mélodies des standards automatiques. Mozart, Rondo Veneziano Style. Ils ont osé. Et même "Please don't let me be misunderstood", version midi/instrumentale soft. Pas mal pour une clinique psychiatrique. Mon frère me raconte. Les sangles, perfusion au bras gauche, atelle au bras droit. Elle aurait pu y passer, on a touché le fond mais elle remonte doucement. La fracture est plus grave que prévu, il faudra sans doute implémenter une prothèse. Séquelles et léger handicap probables.Le docteur qui suit ma mère est un pote du psy. Petite oligarchie provinciale. Pas de remous SVP. Explications toutes faites. On se couvre mutuellement, tradition corporatiste ici encore. Les déficiences diverses: "Elle buvait trop d'eau". L'epilepsie : "Manque de sodium". La fracture : "survenue pendant les crises d'épilepsie". Le mauvais état général : "L'alitement prolongé, elle refusait de se lever". Réponse à tout. Même pas envie de lutter. J'ai l'impression qu'ils ont abandonné depuis longtemps. Une boîte à fric financée par la sécu, comme tant d'autres. Concernant le transfert, les espoirs sont minces, "sous réserve d'acceptation du dossier". Comme dans les grandes écoles. On me fait comprendre à mots couverts que dans l'état actuel des choses, son cas est trop lourd pour un séjour dans une structure classique. On va, il faut trouver une solution.
Depuis samedi, je bosse peu. Intranquillité, la tête ailleurs. Février va être médiocre au niveau financier, mais c'est le cadet de mes soucis. La ville est grise et la ville pue. Les éboueurs sont en grève, les putes girotapinent entre les immondices, leur syndicat proteste contre la détérioration des conditions de travail. La guerre des bandes reprend de plus belle et les tabloids recensent scrupuleusement les points marqués. Les Albanais mènent 2-1. Hier soir, pour pour la énième fois "Lost in translation", le Japon comme symbole d'un monde absurde. Nico est revenu pour rester et c'est bien. De ce côté-là, j'ai touché le gros lot, mon roc dans la tempête. J'ai la ferme intention de tourner la page de cette période sinistre le plus tôt possible, mais ça ne dépend pas que de moi.