Ben merde, demain c'était au moins avant-hier. Je
Ben merde, demain c'était au moins avant-hier. Je délaisse feignasse canaltruc, j'écris des machins mais je les garde pour moi. Je m'interroge ces derniers temps, je connais une poignée de ceux qui lisent ce blog moche où je parle au fond de trucs qui ne regardent que moi, les autres sont des inconnus, ca fait un peu "je gesticule derrière une glace sans tain". Enfin bref.
Alors je viens de parler à môman, qui est rentrée à la maison aujourd'hui-même, le premier contact en trois mois. Depuis quelques semaines, elle reparle, elle a même demandé des bouquins, des magazines, elle a des moments de lucidités de plus en plus fréquents. Tout ça l'a abîmée, elle a des oedèmes aux chevilles et une scoliose, l'alitement prolongé, personne ne la faisait marcher. Elle prend conscience de sa situation et, comme toujours, c'est douloureux. Rester optimiste, même si c'est juste un sursis de plus. Juste content de lui éviter l'humiliation d'un internement au "dépotoir", comme elle appelle le Centre hospitalier psychiatrique départemental - toutes les cliniques sans exceptions ont refusé de la prendre en charge, il ne restait plus que ça. Elle aura une infirmière, une aide ménagère et une mummy sitter, et puis mon père s'occupera d'elle. Je touche du bois, j'espère que ça va bien se passer, sans drame, marre des drames.
Sinon, en ce moment, je suis amoureux de mon mec, an 15 de notre idylle polydiscordante, comme quoi c'est possible et il n'est pas inutile de le rappeler, trouvé-je. Le premier surpris, aussi, de notre relation qui se réinvente toujours, au gré des galères et des coups de chance.
Sinon, le printemps est arrivé et la nature rutile, l'air est très polleneux, les allergiques ne sortent plus, les oiseaux fabriquent patiemment des nids biscornus que ma voisine bouddhiste défend vaillamment contre les attaques perfides des matous pelés. On a fêté la fin de l'hiver, pendant des semaines, rites nordiques d'abord sur le fleuve, dans le district le plus riche de la ville, donc du pays, contraste effarant entre mon quartier sensible/putassier/en voie de gentrification et ce bout de ville pleasantville-like où chaque maison porte l'écusson ou le fanion du club de yachting local. Osterfeuer, un épouvantail moche qui pendouille à un mat au milieu du brasier, et qui crame brusquement sous les huées de la foule saoule. Et puis les Pâques orientales, mon mari est orthodoxe et il serait impensable de ne pas fêter les Pâques grecques, ca va pas la tête. Alors les oeufs très rouges qu'on entrechoque, mageritsa, soupe de tripes, l'inévitable koulouraki, couronne au sésame et des danses pontiques jusqu'à l'aube dans une resto bondé. C'est le moment, et ce n'est pas un hasard, qu'a choisi beldoche pour tomber malade, nouvelle psychosomatisation papadopoulesque, une mère grecque contrariée ne recule devant rien. Elle crève donc d'avoir renié son fils pédé qui lui fout la honte, qui salit l'honneur de la famille et même, paraît-il, des aïeux. On jase beaucoup, là-bas et surtout ici, certains membres de la communauté diasporique mettant un point d'honneur à être encore plus cons que ceux-autres restés au pays. Ca me navre, d'autant plus que je les connais tous, ici mais aussi là-bas pour être allé une bonne demi-douzaine de fois dans ce village paumé à la frontière bulgare quand on vivait en Grèce. Des gens adorables, accueillants, du moins à l'époque. Mon mec est du mauvais côté de la scission culturelle qui traverse sa paradoxale famille. Le premier et le seul fils, l'héritier, le porte-drapeau de la lignée hellène. Alors, cette année encore, aucun représentant de l'honorable parentèle n'a appelé pour les obligatoires vœux de Pâques.Grecs anatoliens, immigrés, semi-illettrés dans les deux langues, on peut leur trouver mille excuses. Je ne leur en trouve plus aucune. Nico, en apparence, imperturbable et dédaigneux face à l'ostracisme de la meute, mais blessé, évidemment.
Sinon, j'enchaîne bien évidemment les jobs un peu bêtes mais parfois marrants, j'ai été a deux doigts de me taper une série de DVD de "Bollyrobic", de l'aérobic sur de la zique indienne. Je ne savais même pas que ça existait et j'avais très envie de découvrir Véronique et Davina en sari. Sinon, j'ai eu un gros coup de barre pendant quelques jours, completely exhausted, et puis la fatigue est partie.
Sinon, je suis, comme tout le monde, consterné/écoeuré par le spectacle ridicule qu'offre la classe politique francaise et une partie des électeurs, the french farce, comme titrait hier le Times. Ecœuré par cette campagne électorale permanente avec ses machinations, ses coups bas, les petites phrases dégoulinantes de populisme, les clins d'œils répétés aux staliniens ou aux fachos. Par ces débats à l'assemblée nationale, ces gesticulations de shadoks, brailler pour ne rien dire, faire claquer le pupitre comme un morveux mal élevé. Consterné aussi par l'inanité des infos des JT français, un mélange navrant de "Détective", "La vie des terroirs" et "Votre argent". De Villiers invité d'honneur pour promouvoir son torchon falsifié sur l'islamisation rampante de la France. Entretenir à tout prix la parano ambiante, merci le service public. L'Islam et la France. Le juif et la France. Les métèques dehors. Nighty a raison : parfum des années 30. Consterné de lire que, selon un sondage, Le Pen récolterait désormais 18 - 20% des intentions de vote. Consterné par l'hypocrisie d'une certaine gauche - je ne leur ai toujours pas pardonné la débâcle du référendum sur le TCE. On attend d'ailleurs toujours impatiemment leur plan B, la dynamique du 29 mai, faut-il rappeler que l'Europe est toujours coincée dans l'inepte traité de nice. Consterné aussi de lire que 33% des Francais se déclarent ouvertement racistes (Je suis un peu un gros con raciste : 9% - Je suis plutôt un gros con raciste : 24% - Je suis ne suis pas très un gros con raciste : 25% Je ne suis pas du tout un gros con raciste : 40%). Ecœuré par le néo-rexisme de la droite décomplexée qui tente une fois de plus de réconcilier gaullistes et vichyssois, qui fait le jeu du gros borgne, la honte de la Bretagne, comme si un plomb avait sauté, comme si on pouvait tout dire désormais. Pratique, le bouc-émissaire quand on n'a rien à offrir, rien à proposer. L'herbe n'est peut-être pas plus verte ailleurs mais elle est sans doute un peu moins brune. Vu d'en face, le système présidentiel à la Française paraît complètement obsolète, la focalisation complète sur l'homme providentiel, cette quête du père, de l'homme à poigne... Entre le borgne sénile, la bourge féconde pas très gay-friendly et le roquet carriériste, j'aurais presque envie de voter blanc.
Mission accomplie, post pondu.