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Vu d'en face
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6 juillet 2006

Avant que je ne gomme définitivement cet épisode

Avant que je ne gomme définitivement cet épisode de ma mémoire, voici donc le récit subjectif de  mes vacances à Madère, dont on se tape d'ailleurs royalement, et on a raison. Donc Madère, que quelque romantique niaiseux a mièvrement surnommée l'Île aux fleurs, est en fait aux séniors & aînés ce que Myconos est aux pédés. Des vieux et surtout des vieilles, partout, attirés là par la tiédeur du climat et le celèbre vin doux qu'ils et surtout elles sirotent aux terrasses des cafés, le regard voilé par la cataracte, la perruque parfois de travers, le colllant de compression pour l'occasion détroussé. Et toutes ces années accumulées font planer comme un voile maussade sur la côte grise, qui s'harmonise parfaitement avec la nonchalance grognonne tout insulaire des autochtones, lesquels sont, trouvé-je, courts sur patte, apathiques et grassouillets. C'est subjectif.

Par contre, et c'est ce qui fait le charme de ce gros rocher volcanique paumé au milieu de nada, mère nature l'a doté de très belles montagnes et d'une flore exhubérante : fleurs loufoques, plantasses grasses, bananiers géants, orchidées obscènes au pistil débile. Dixit le guide, "un véritable paradis pour les amateurs et  de randonnées et les passionnés de botanique". Ca tombait un peu  mal, je  ne suis que sporadiquement et très modérément amateur de randonnée, quant à la botanique, pour être franc, je m'en tape. Chaque matin, donc, nous étions réveillés par une petite femme rondouillarde que nous surnommions Madame Fifi, laquelle braillait brièvement "brekfest ridi". Nous prenions ensuite le continental breakfast dans un cagibi triangulaire (mais tout de même éclairé d'un vasistas) avec un couple de Slovènes royalistes venus  se recueillir sur la tombe du dernier empereur austro-hongrois, qui mourut en exil à Funchal des suites d'une pneumonie, ce qui n'est guère surprenant, vu le climat. D'ailleurs Sissi (l'Impératrice, pas Jeanmaire),  y séjourna également maintes fois, qu'est-ce qu'on s'en tape.

Donc, ensuite nous prenions le bus, empruntant les routes étroites longeant des abîmes terrifiants (je souffre, parfois, de vertiges) dans une moiteur un peu collante due à un taux d'hygrométrie franchement excessif (climat subtropical), puis arpentions des heures durant des sentiers escarpés, croisant de pouffons randonneurs en k-way, des scandinaves végétariens, des lecteurs du guide du routard (!!!), des botanistes en shorts beiges, et j'en passe. Il fallait bien faire quelque chose, puisque l'île compte une unique plage artificielle de gravier grossier et grisâtre (sédiment volcanique) et notre pension délicieusement décatie n'avait pas de piscine. De toute facon, je n'aime pas les piscines, et le temps de merde ne donnaitpas vraiment  envie de se baigner. Bon, et donc le centre de l'île est vraiment magnifique (je pèse mes mots, 190 g.) pour qui aime les fougères géantes, les abîmes béants,  les moisissures champignonesques  et les nuages vaporeux et étonnamment bas. Voilà. Je n'ai jamais vu de si gros cafards, et pourtant j'ai vécu à Athènes.   

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"Sous le soleil exactement", gniii

La cuisine locale ne ressemble en rien à celle que je connais du quartier portugais voisin du mien (de quartier). Drôle de manie de passer les legumes à l'eau chaude et de servir du chou bouilli à tout propos. Grillade-chou, thon-chou. Que de chou, ciel, que de chou. Mais bon, voici un plat typiquement madérien et exotique à souhait (Restaurant 1 étoile) et surtout sans chou :

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Banane poêlée sur son lit double de morue panée, son quartier de citron et sa demi-rapure de carotte

Sinon, en semaine, la vie nocturne est quasi inexistante, tout ferme à minuit, sauf dans le ghetto à touristes, où,comme de bien entendu des groupes folkloriques portant des bonnets pointus ridicules sautillent en rond sur des medleys vaguements ibériques. Il y a également quelques dancings qui repassement invariablement le Top 50 british d'il y a 30 - 40 ans, "onliiiii youuuuuuuuuu", ambiance crème Polident garantie. Bref, Madère n'est pas une destination gaie, et, à vrai dire, pas non plus vraiment hétéro, pas sexy pour un zloty, Madère est indubitalbement une destination asexuelle ou post-sexuelle,  ou, à la limite, gérontophile mais ca reste à vérifier. Donc, ambiance pré-thanatique, grisaille, humidité, touristes tartes et locaux grognons, Madère, c'est fini, je ne crois pas que j'y retournerai un jour. Voilà. Après Chypre et Madère, ne manque plus que Malte pour clore comme il se doit la trilogie insulaire trash.

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Commentaires
P
Tant de bonheur cela donne envie d'y ajouter sa pierre..<br /> <br /> Y a pas un ou deux héritages à se faire quand meme? (sic)
B
Ben voilà Azure , exactement, un fussoire c'est un océan tiède après un lavement,quand les teintes sombres de la mer et du deuil se muent en un espace tragique,l'étrangeté, la singularité, de la solitude du moi, la thématique océane servant d'élément structurel, heuh quoi encore que pourrais je ajouter à cette analyse d'une oeuvre de Lmartine trouvée à l'instant T sur Google et totalement remixée par mes soins pour toi Azure mon espace insulaire et fussoirien.<br /> Je vous en prie..<br /> MOUHAHAHAHA
P
Barba : c'est vrai, c'est mystérieux, un fussoire, "un fussoire me parcourt le roucan."<br /> @Azure : elles sont jolies, les roses blanches de ton jardin.<br /> @Pierre-Yves : le régime sans nicotine n'arrange sans doute rien. Je devrais sans doute manger desc carottes /-;
A
Ah, d'accord... Anonyme, désolé, c'était moi Azure, ça traînait d'ailleurs, ça n'était pas pour ici. Enfin j'me comprends. Mais fussoire, j'aime bien, quoi que ce soit. Ça me fait penser aux infusoires, quand on nage la nuit, en été, dans un océan tiède, et que chaque brasse est un léger feu d'artifice. C'est très beau. En même temps ça me fait penser à une poire à lavement, je ne sais pas du tout pourquoi.
B
C'est comme anonyme, ça veut rien dire mais j'me comprends:)<br /> Un truc quoi.
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