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Vu d'en face
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1 juillet 2007

Caution

Il n'y a que moi qui connaisse ses failles, ses blessures, ses doute. Et la face cachée de son histoire, cette enfance chaotique, de HLM en HLM, le dialecte pontique qui a fait de lui un faux bilingue, un double-diglotte qui aura mis 30 ans à recoller les morceaux. Et ce putain de complexe prolétaire enfin dépassé. Il a suffit d'un rien pour que ca craque, le baptême d'un neveu dont, selon une arithmétique qui m'échappe complètement, il devait logiquement être le parrain. L'invitation n'est pas venue. L'équivalent d'une insulte dans cette micro-culture diasporique figée que je ne comprends toujours pas, ou pas complètement. Trois ans maintenant que la famille maternelle, la vraie famille, ne lui adresse plus la parole, ou en secret, ne dis à personne que je t'ai appelé. Un abîme d'hypocrisie, de mensonges et de médisances, ici comme là-bas, à 2000 km d'ici. Je connais tout le village pour y être allé plusieurs fois quand on vivait à Athènes. Je les trouvais sympas. Mais bizarres, cette culture anatolienne, cette musique complètement barrée, et la langue. [Il faudra que je fasse un post un de ces jours sur la triste histoire de ces rescapés d'un génocide méconnu qui n'ont trouvé leur place nulle part]  Je n'avais sans doute rien compris, ils me dégoûtent, maintenant. J'ai toujours insisté pour qu'il dise la vérité. Qu'il mette les choses au clair. Chose faite il y a trois ans.  Trois ans que sa mère a déchiré puis jeté ses photos devant la famille réunie dans une mise en scène dramatique ridicule et sans doute hilarante. Coming-out tardif,  raté, catastrophique, mais salutaire quand même.  L'humiliation d'être mis au ban, à presque 40 ans, comme un gamin, et la responsabilité d'avoir sali le nom de la famille maternelle et des noms associés avec. Moyen-Age. "L'homophobie recule". Oui mais pas partout, pas chez eux, restés coincés dans des traditions qui n'ont même plus cours là-bas.  Et puis ces dizaines de milliers d'euros à trouver sous deux mois, mission impossible, 20 000 cash pour déposer la boîte,  puis 80 000 pour le matériel, les scanners, les machins, les bureaux, les serveurs, les assurances, les cabinets d'avocats spécialistes du copyright, les charges sociales et mille autre choses encore. Et le doute qui, les mois passant,  s'insinue, je le vois bien, quant à la faisabilité de la chose, la peur de se planter, l'angoisse de l'échec. Je sais tout. Les business plan validés par les services compétents, mais pas par les banques, qui renchérissent connement, exigent encore des garanties, toujours plus de garanties, des cautions civiles, des  assurances vie, des biens meubles ou immeubles à hypothéquer le cas où. Du coup, les rôles sont inversés. Je n'ai plus le droit à l'erreur dans les deux années à venir, j'échafaude mentalement un prospectif du worst-case scenario, travailler plus pour gagner beaucoup plus, faire tourner seul la proverbiale marmite. Jamais gagné autant que ce mois-ci, mais à quel prix, et qui sait si ca durera. Mais je sais qu'il a raison d'essayer. Que ca va forcément marcher. Que même si ca ne marche pas, il aura eu raison d'essayer. Parce c'est ce qu'il veut. Et comme je l'aime, c'est ce que je veux aussi.

 

 

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Commentaires
P
Les banques exigent toutes ces garanties pour s'assurer du sérieux du projet et de la détermination du créateur d'entreprise, surtout dans le cas d'une S.A.R.L. où la responsabilité civile et pénale des associés est limitée à leur apport et aux avoirs ou revenus du gérant. Mais un dossier bien ficelé finit toujours par aboutir.
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