J'ai la crève. Mon nez coule comme un vieux
J'ai la crève. Mon nez coule comme un vieux chantepleure. D'un commun accord avec mon patron, qui n'est autre que moi-même, je m'accorde une journée d'arrêt-maladie. Mon chéri m'a fait un fait-tout de brouet poulette-citron et une théière de tisane au goût particulièrement suspect, mais je dis rien, je vais quand même pas me plaindre. Donc, tout à l'heure, je m'installe devant la télé avec ce minable plateau-repas, des éléphants s'enculent sur la chaîne Nature, je zappe et que vois-je ? Ce fanfaron de Laurent Fabius. Souvenons-nous, c'était il y a un an, Marianne outrée rejetait avec force l'odieux TCE, ce torchon ultra-libéral, ce complot anti-national fomenté conjointement par les suppôts du capitalisme cosmopolite et le parti de l'anti-france. Afin de répondre enfin à l'impatience grandissante perceptible de Vilnius à Grenade (pffff), et fidèle à la devise "mieux vaut tard que jamais", Laurent le rebelle a donc enfin présenté son célebrissime Plan B, élaboré en collaboration avec "des responsables européens"(dont il tait étrangement le nom). Un catalogue époustouflant : "Relancer le couple franco-allemand". Judicieuse idée ! "Construire une politique de l'énergie en commun", bravo !, "une Europe plus sociale". Il fallait y penser ! "Un service public européen". Oh oui, une administration à la Francaise, le monde entier nous l'envie (soupir amer). Ne reste plus qu'à marier ce programme ambitieux à celui des autres représentants du non anti-libéral, en respectant les divers courants écosocialistes, trotskystes, léninistes, anarcholibertaires, radicaux-féministes et orthovégétaliens, et le tour sera joué ! Hélas, Laurent, Ô cruel paradoxe, la glorieuse victoire du 29 mai aurait fait le jeu des ultra-libéraux, les vrais, ceux qui voient l'Europe comme un gros machin, une zone de libre échange sans aucune vocation politique. Le non français, on en ricane encore à Londres, et pis aussi à Varsovie, et puis aussi à Washington. Le second problème, cher Laurent, c'est que depuis ce triomphe salutaire, la France n'est plus guère le moteur de l'Europe, quelques mauvaises langues disent même "la charrette de l'Europe", puisqu'il faudra désormais attendre que Chirac-l'entourloupe et le poète si bien brushé daignent enfin débarasser le plancher pour que les choses bougent enfin. Le troisième problème, cher Laurent, c'est que les responsables européens se contrefoutent de tes brillantes propositions, sauf peut-être Cohn Bendit qui, de source non-confirmée, aurait juré, en privé, de mettre un gnon bien placé sur ton gros pif de pinocchio pseudo-révolutionnaire. Quand on s'est trompé, cher Laurent, faut assumer. Quand on a trompé les autres, eh ben on se tait, Laurent. On se tait. Bon, ben je crois que j'ai de la fièvre, je retourne me coucher.