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Vu d'en face
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1 juin 2006

Semaine de merde, septembre en mai, un temps à

Semaine de merde, septembre en mai, un temps à lire Hannah Ahrendt. Dimanche, j'appelle ma mère, tradition pétainiste, pour dire bonne fête Paulette. Loupé, Môman était repartie le matin même dans un hôpital psy départemental qu'elle-même appelle "le dépotoir". Officiellement handicapée à 100% désormais, donc aucune clinique ne veut d'elle. Depuis quelques jours, elle ne mangeait plus, ne se levait plus, toujours la même histoire.  Pourtant, mon père était aux petit soins, il lui achetait des plats cuisinés, il lui avait fait un gâteau de riz, il avait fait venir une coiffeuse, elle avait une infirmière, une aide ménagère, une mummy sitter, la rééducation. Tout ça pour rien, elle ne supportait pas de se voir dans la glace. Si tu me voyais, si tu voyais comme je suis moche.  J'aimerais bien avoir le don d'indifférence, mais je refuse de la laisser moisir dans cet autre foutoir que je connais trop bien. 

Mardi, toujours grippé (tisane tu parles) je me suis traîné chez Stef pour les résultats du bilan trimestriel. Stef est mon médecin-traitant-partenaire-et-ami -  une petite quarantaine, pédé, plutôt mignon,  pas mal d'humour et beaucoup d'optimisme. Stef n'omet jamais de  de laisser un message ou d'envoyer un SMS avant le rendez-vous. "A demain. Amitiés. Stef". C'est mimi, ça fait un peu Joëlle Mazart. Stef croit dur comme fer aux vertus du partenariat thérapeutique, tutoiement de rigueur, franc-parler,  implication décisionnaire du patient avec carnet de dessin suivi (que j'ai paumé depuis belle lurette), documentation polychrome avec de beaux pédés aux dents blanches dedans, cours particulier de vulgarisation sur l'immunité et le sexe vachement sûr, je peux l'appeler à toute heure sur son portable en cas de panic attack, phénomène apparemment assez courant chez les pozitoïdes, surtout quand le diagnostic est récent.  Au moins, lui, il a pigé les conséquences psycho-machin-sociales de cette merde, ce qui n'est pas le cas de tous ses confrères et consœurs. Bref, so french myself, ces familiarités me gênent parfois un tantinet, mais je me soigne. Stef était déjà mon doc avant que je ne découvre le bug, réflexe communautariste, je l'avais choisi au pif (pique-nique-douille) sur une annonce dans une gay gazette quand on a débarqué dans ce quartier, par pure paresse, son ancien cabinet était à 200 mètres de chez moi, juste au dessus d'une rôtisserie turque et en face d'un immense bordel. Stef n'a pas envie que je m'éclipse à nouveau pendant un an, puisque je fais partie de ses cohortes de contrôle, ce qui justifie sans doute que sa bigleuse assistante me saigne à chaque fois comme un agneau halal - 19 tubes de toute sorte la dernière fois, 6 pour le labo local, six pour la cohorte euromachin, six pour le groupe de contrôle hiv-bidule, et le dernier, allez, on compte plus, cadeau de la maison. Comme disait ma grand-mère :  "Y-z-en font quoi de tout ce sang, du boudin ?".

Les résultats, donc,  ne sont pas terribles. Pas terribles du tout. Patatras, affaissement immunitaire général, assez inattendu. Pas de danger imminent mais une débandade cellulaire qui ne laisse rien présager de bon. Je croyais avoir de la marge et Stef me dit qu'il est sans doute temps de faire quelque chose. Il ne dit pas "commencer une trithérapie", il dit "faire quelque chose", ça sonne mieux, sans doute. Ca m'emmerde un peu, mais bon, j'ai remis la décision à dans trois mois, rien ne presse, ça va peut-être s'arranger, on a vu souvent rejaillir le feu, etc... Le partenariat thérapeutique, rien contre, au contraire, j'adhère-j'adhère, et pour animer nos discussions , j'ai même acquis via ce site une certaine érudition en matière de cellules dendritiques méchamment squattées, de réservoirs viraux inexpurgeables, d'ADN viral démultiplié, etc. Au lycée, j'étais nul en Biologie,  j'avais 4 de moyenne  (ainsi, hélas, qu'en mathématiques), c'est dire ce que ça m'a coûté. Je connais même, par leur petit nom, les divers prods de Glaxo and co qu'il convient d'avaler pour ne pas crever bêtement la bouche ouverte (ou fermée, d'ailleurs). A se demander ce qu'ils prennent, les marketteurs de big pharma,  quand ils donnent ces noms de pouffes à leurs miraculeuses molécules combinées. Truvada, par exemple, ben Truvada, moi,  ça m'évoque tout naturellement un gros trav scandinave une peu pataud. Epzicom , le nom d'une start-up balte, une boîte de télécoms ukrainienne à la limite. Sustiva, chais pas,  une sucette à la vanille, éventuellement un suppositoire vaginal (ça existe ?). En tout cas je vois mal comment intégrer la prise de médocs à heure fixe dans mon quotidien jet-lagué. Hmm. Après cette excellente nouvelle, je suis allé boire un, puis deux cafés-amaretto dans un café-librairie dans le quartier pédé. Déprimant, ambiance homo-intello-sous-lexo, des mecs  esseulés qui s'épient en faisant semblant de bouquiner. En rentrant, dans le métro, je me suis retrouvé à côté d'un retraité qui fredonnait un truc style la Danse des Canard, et j'ai eu envie de lui foutre une torgnole pour qu'il la ferme, alors que normalement, ça m'aurait fait sourire...

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Commentaires
P
rien à ajouter, juste (-:
P
MDR<br /> Ca me rappelle ce slogan historique<br /> DES MOLECULES POUR QU'ON S'ENCULE<br /> On riait on pleurait en même temps<br /> Putain ce qu'on rigolait en fait<br /> Ta note me fait cet effet.
P
"Maître Suppo, par l'odeur alléché, <br /> lui tint à peu près ce langage..." <br /> Uh uh uh ! (bon, j'm tais, zzzz)
P
Arf Poly toi je sens que t'as envie que je raconte la laïfe du suppo vaginal , conte merveilleux s'il en est ...
P
@Ca existe ? Décidément, chaque jour est source d'émerveillement (-; <br /> @Jonas : et surtout en finir avec les querelles intestines
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