Bon ben reprenons. J'ai plein de travail, nuits
Bon ben reprenons. J'ai plein de travail, nuits blanches et tout, rattraper le fiasco estival, éponger (floc, floc) quelques petites dettes contractées auprès des assurances fédérales. Je me demande pourquoi je cotise pour la retraite, tiens, d'ici là le système de retraite aura implosé, monde aura sombré dans le chaos postdiluvien, etc. Bref, les vaches maigres ont fait place aux grasses laitières qui ne demandent qu'à être vélocement traites - je croule sous les demandes, que des histoires passionnantes, encore des communiqués de presse outranciers zet dithyrambiques, encore des logiciels imbéciles à "localiser", et, surtout, cette série de *films*de 30 minutes chacun pour une boîte de marketing-communication-consultancy-machin vaguement spécialisée dans le visuel pour laquelle j'avait déjà traduit l'inénarrable et néanmoins narré moyen-métrage sur la business poof et sa très conne fontaine à bombonnes. Ces films, donc, sont entièrement consacrés à des interviews style groupe de parole, à premìère vue, on croirait une thérapie de groupe pour franchouilles un peu timides, un peu moches mais très propres sur eux, problablement vaguement sociophobes ou crypto-psychopathes quelconques, mais il n'en est rien. Thème des échanges : le gel. Capillaire, s'entend ne rêvons pas. Déjà visionné et traduit le premier de cette série qui s'annonce palpitante. 4 quidams de sexe masculin, average guys, 25-35 ans, autour d'une table triangulaire, deux mecs à gauche, deux autres à droite, et au bout du triangle (isocèle, supputé-je), celui vers qui tout converge, le "modérateur", visiblement une pauvre nouille qui voit dans ce triste métier la seule façon de rentabiliser d'interminables études de psychologie. J'extrapole et je devrais la fermer, car je rentabilise moi aussi avec ces nouillardises mes interminables études de droit & linguistique appliquée. Mon rôle, essentiel dans ce processus d'évaluation lourd de conséquence pour l'avenir du gel capillaire européen, consiste à retranscrire avec minutie le contenu de ce mol entretien, puis de le traduire mot pour mot dans la langue de Nina Hagen, en mentionnant les innombrables hésitations (...), les (interminables) blancs, et autres phénomènes paralinguistiques. Et ensuite, de subtils marketteurs visionneront sans doute les 9 versions linguistiques de ces mous interviews et conviendront des améliorations à apporter au produit pour obtenir un gel capillaire euronormé au goût de l'europouffon. Donc le gel, le design (ah oui, un peu sport) du tube, la forme, la couleur (métallique, très masculine), le parfum ("Ca, va, il sent pas trop."- "vous voulez dire discret, Sylvain ?"), la texture ("Ah ouaich, moi aussi, euh, comme Ludovic, euh, je trouve, euh, qu'y colle un peu trop...".) Voilà. Vu l'apathie des intervenants, m'est avis que la scène a été tournée tôt le matin, à moins que les cinq protagonistes aient été drogués via le café qu'on les voit ingurgiter à petites gorgées, ce qui serait un comble. De temps à autre, on entend un petit rire gêné, le petit rire gêné étant le propre du pouffon coincé dans une situation ridicule. J'aimerais bien savoir combien on gagne pour s'entretenir pendant une demi-heure du nouveau gel capillaire de la marque V. Enfin bref, chacun, dans cette histoire, semble se demander ce qu'il fout là, moi aussi, d'ailleurs, et c'est presque marrant, nonsense, quoi, mais bon, les honoraires sont réjouissants. Et la semaine prochaine, j'ai rendez-vous dans une boîte de prod rapport à une négociation concernant un éventuel come back de ma part dans le domaine du cinémache et du documentaire, les festivals et et tout, ca rapporte nettement moins mais au moins, c'est un taf qui a un sens, je ne vais pas continuer à me taper uniquement des inepties risibles à longueur de journée.
L'autre jour, comme une tranche de pain de mie sous la pluie, coup de blues humide, voilà qui ne m'était pas arrivé depuis Brockeback machin (à cause de Jack Twist dont je suis épris). Pain de mie, donc, rapport, bien sûr, à la mère-enfant, au placement imminent, à des malentendus, des non-dits, à la décision prise sans me consulter, sans attendre que je vienne, comme prévu, pour le conseil de famille. Décision prise, "long séjour" dans la section "végétaux" d'un autre asile départemental à la réputation sinistre, on m'affirme que ça a changé. La déchéance cette fois définitive, on ne peut pas tomber plus bas, ou alors si, six pieds sous terre, et je me dis, parfois et de plus en plus souvent, je me dis vraiment que ça serait presque mieux. Je crois que je n'en parlerai plus, il faut juste que je sache, moi aussi, fermer la parenthèse, accepter ce qui est et surtout me défaire de cette culpabilité collante.
Sinon, j'ai un nouveau prétendant. Il a un nez de boxeur, il est irlandais, poète, polyglotte et prostitué en free-lance. Un garçon dangereux. Inutile de dire que j'ai effacé son numéro de portable, puisque, faut-il le répéter, je suis marié avec bonheur et père de deux chats.